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La phobie scolaire, c'est quoi?

On rencontre de plus en plus souvent dans les cabinets de psy des enfants et des adolescents en rupture scolaire. Souvent, rien n'explique cette phobie, cette immense anxiété, d'aller à l'école, au collège ou au lycée. Il n'y a pas de harcèlement ni de problèmes relationnels avec les camarades, de chagrin d'amour, de problèmes familiaux (séparation, conflits entre les parents, violence éducative..)

Et pourtant il(elle) ne veut plus y aller. Il(elle) cauchemarde, présente des symptômes anxieux (tachycardie, maux de ventre, tremblements..), ne se nourrit plus, dort mal.


J'ai eu l'occasion de suivre plusieurs enfants qui présentaient cette anxiété scolaire (les prénoms ont été modifiés).

Chez Alain, 7 ans, le problème a commencé dès la petite section avec un retrait (isolement dans la classe), des pleurs. Pour Laurent, 12 ans, la rentrée en 6ème fut un calvaire : il avait jusque là fréquenté une petite école de village, familiale et contenante et se retrouvait dans un immense collège sans ses amis référents. Miriam, 16 ans, quant à elle, a développé une anorexie durant son internat de lycée, sans que rien n'explique ce trouble au niveau de l'établissement réputé bienveillant et surveillé. Enfin Calvin, 10 ans, a développé des idées suicidaires bien que les adultes de l'école aient été vigilants, aucun harcèlement notable, ni difficulté scolaire, ou de problèmes relationnels avec ses pairs n'ont pu expliquer ces pensées suicidaires.


Je me suis entretenue avec des psychologues scolaires qui souvent ont constaté que la phobie scolaire était en fait une difficulté de séparation d'avec les parents.

Chez Laurent, les méthodes de TCC ont bien accroché, mais l'exposition en réalité virtuelle avec le casque, dans des environnements scolaires, n'a déclenché aucune anxiété.

Surprise, j'ai repensé aux propos de la psychologue scolaire. J'ai donc changé de stratégie d'exposition et nous avons essayé d'imaginer la situation en imagination : "tu t'imagines quitter ta maman pour te rendre au collège, que ressens-tu?" L'anxiété est alors monté à 60%. La peur de quitter son cocon familial avec une maman "hélicoptère"(veillant au moindre besoin, anticipant chaque embûche, très anxieuse) déclenche une anxiété foudroyante. J'ai donc conseillé aux parents de multiplier les occasions de faire confiance à Laurent en l'incitant à aller seul chercher le pain ou dormir chez un copain.


Pour Alain, j'ai travaillé avec les parents. J'ai recherché un déclencheur au niveau de la dynamique familiale ou du couple. J'ai trouvé quelques conflits conjugaux, un père un peu effacé et une maman dans le contrôle et l'hyper vigilance. La thérapie individuelle sera le lieu où il pourra exprimer tout ce qu'il ne peut pas dire à la maison ou à l'école. Le cadre où il pourra devenir grand sans pression parentale anxieuse.

Un père un peu effacé dans sa fonction séparatrice mère-enfant, peut rendre la dé-fusion compliquée pour son fils. Une maman trop impliquée dans l'éducation, trop "hélicoptère" avec une éducation trop bienveillante (exemple : répéter 6 fois le même ordre sans aucun effet, tout expliquer à l'enfant par de longs discours qu'il n'écoutera pas).

Je conseille souvent de lire Caroline Goldman aux parents qui ne parviennent plus à maintenir le cadre éducatif. Car 90% des cas, l'enfant n'a pas besoin d'une thérapie mais d'un cadre éducatif structuré, solide.


Il y a également ces enfants qui ont reçu une superbe éducation avec beaucoup de valeurs, de respect pour son prochain, des enfants sensibles mais bien dans leurs baskets, avec une compétence langagière élevée. Pour eux, fréquenter un milieu scolaire violent, où règne la loi du plus fort, où les adultes ne peuvent pas cadrer, rassurer, protéger, se montrer justes, soit parce qu'ils ne sont pas formés, soit en raison d'un milieu scolaire dysfonctionnel avec des enfants trop agressifs, est une vraie catastrophe psychique qui peut amener des idées suicidaires et une dépression ou une phobie scolaire.

C'est le cas de Claude, une adolescente de 15 ans, qui n'a pas supporté son lycée et s'est repliée sur elle-même, développant une dépression réactionnelle alors que tout allait bien dans son milieu familial. Lorsque les parents m'ont consultée, je leur ai conseillé de changer de lycée, d'aller vers un lycée privé avec de bons retours. Les problèmes de souffrance psychologique ont disparu avec le changement de cadre scolaire.


C'est également l'histoire de Fabien, 11 ans, un enfant doux et très compétent socialement. Sa "maitresse" ne savait pas parler doucement, "punissait tout le temps", refusait le dialogue avec les parents, ne savait pas écouter, se montrait très rigide.

Il y a souvent des histoires de professeurs rigides dans mon cabinet. Aimant le contrôle. Passant à côté de subtilités psychologiques chez leurs élèves. Des enfants en souffrance toute l'année, qui vont détester l'école à cause de l'enseignant et developper anxiété et dépression avec idées suicidaires.


L'école envoie l'enfant chez le psychologue. Mais je constate presque chaque fois que le problème ne vient pas de l'enfant ni de la famille, quand il s'agit d'un enfant doux, sensible, très bien éduqué intelligemment, sans violence ni trop de bienveillance. Le problème de souffrance psychique vient de l'institution. Et malheureusement, les parents n'obtiennent jamais réparation. Ce que peut faire le psychologue, c'est rassurer les parents sur leur responsabilité, les déculpabiliser et l'enfant sur ses capacités, sa perception : tu as raison de penser que les adultes de cette école ne te protègent, ni ne t'écoutent. Un changement d'établissement est nécessaire.


Pour Miriam, la phobie scolaire a été déclenchée par l'éloignement familial. Elle n'a pas supporté de quitter sa mère car leur relation était très fusionnelle, avec un père qui avait refait sa vie et ne se souciait pas de sa fille. Je conseillais alors de renoncer à l'internat, ce qui soulagea l'anxiété et permis un retour vers le lycée. Nous avons travaillé parallèlement

sur la dé-fusion nécessaire mère-fille (passer quelques WE chez des copines, partir une semaine chez les grands parents, avoir des petits secrets dans le cabinet de thérapie qui ne seraient pass révélés à la maman...)


Pour conclure, je parlerai de Calvin pour illustrer l'importance de la fonction paternelle chez l'enfant ou l'adolescent.

Dès le plus jeune âge, le bébé a besoin de ses deux parents, et en l'occurence d'un papa qui soit un papa et non pas une réplique maternante de la maman. Un père qui s'occupe du bébé puis de l'enfant comme un père : lui montrant le monde extérieur, l'amenant vers l'autonomie et la dé-fusion parentale. Souvent, la mère qui a porté et a été très proche de son bébé pendant de longs mois, ne saura pas opérer la dé-fusion seule. Elle aura besoin d'un tiers. C'est salutaire pour l'enfant. Il doit sortir du giron maternel. S'il n'y a pas de père, il y a peut être un oncle, un grand père, un éducateur. Il y a aussi dans le cas de couples homosexuels, l'un qui occupe la fonction maternante et l'autre paternante. Ou bien une grand mère également peut aider sa fille à se séparer de son bébé : ne pas dormir avec lui, ne pas l'allaiter trop longtemps (pas plus de 6 mois par exemple), ne pas le surprotéger et le pouvoir le laisser attendre un peu seul progressivement, dans ses jeux et ses rêveries. Ne pas anticiper ses désirs mais attendre qu'il demande. Ne pas satisfaire tous ses désirs, sauf lorsqu'il est tout petit bien sûr et qu'il a tant besoin de l'adule.

Le "caprice" arrive vers 1 an d'après Caroline Goldman. C'est à dire que l'enfant est capable de comprendre comment manipuler ses parents pour obtenir quelque chose. Il sera alors temps de poser le cadre. Le "Non! Tu ne peux pas jeter ta compote sur maman ou taper papa ou le chien." Et utiliser le Time out. File dans ta chambre! Je vous renvoie vers Caroline Goldman qui m'a été d'une grande utilité. Elle répond également la plupart du temps rapidement si vous lui demandez conseil sur Instagram par exemple.


Calvin n'a pas bénéficié de fonction paternelle, de cadre structurant, humanisant. Il était soumis à la Loi Maternelle toute puissante. Au désir de la mère que rien n'arrête et qui refuse de voir son enfant grandir et la quitter.

Seule issue, la mort pour échapper à l'emprise qui empêche de devenir un sujet entier et sexué.

Le travail avec la mère de Calvin a été très compliqué. Elle a refusé de suivre une thérapie. Il a fallu faire une information préoccupante afin d'obtenir une aide éducative, un tiers dans ce couple mortifère.


Même si l'époque n'est pas favorable à la prise de risque (parents inquiets, violence quotidienne en voiture, dans la rue, à l'école..), le parent doit pourtant laisser son enfant prendre son autonomie et lui apprendre certes les dangers mais aussi la confiance en soi que nécessite la maturation. Le père a tout son rôle dans cette éducation, en rassurant mère et enfant. La mère doit apprendre à s'occuper d'elle même et de son couple pour laisser son enfant grandir avec un sentiment de sécurité interne.


Enfants et chien se baladant sur la plage pour illustrer la confiance en soi et l'autonomie nécessaire à tous les êtres humains.
Enfants et chien se baladant sur la plage pour illustrer la confiance en soi et l'autonomie nécessaire à tous les êtres humains.



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